Le 16 avril 1781, le capitaine de vaisseau Pierre-André de Suffren attaque l’escadre anglaise du commodore George Johnstone au mouillage dans le havre portugais de Porto Praya, aux îles du Cap-Vert. Par son action déterminée, il sauve la colonie hollandaise du Cap de Bonne-Espérance.

  • Date : 16 avril 1781
  • Lieu : Porto Praya, îles du Cap-Vert
  • Commandant français : Capitaine de vaisseau Pierre-André de Suffren
  • Forces françaises : 5 vaisseaux, 1 corvette, 8 transports
  • Adversaire : Commodore George Johnstone (5 vaisseaux, 3 frégates)
  • Pertes françaises : 107 tués, 242 blessés

À la suite de la déclaration de guerre de la Grande-Bretagne aux Provinces-Unies (20 décembre 1780), l’Amirauté britannique confia au commodore George Johnstone le commandement d’une petite escadre (vaisseaux HMS Hero, de 74 canons, Monmouth, Isis, Jupiter et Romney, de 50 canons, et trois frégates de 32 canons), chargée d’escorter un convoi de troupes destinées à s’emparer de la colonie hollandaise du Cap de Bonne-Espérance. Au début du mois d’avril, ces bâtiments firent escale dans le havre portugais de Porto Praya, aux îles du Cap-Vert, pour se ravitailler en eau et en vivres.

Dans le même temps, le capitaine de vaisseau Pierre-André de Suffren prenait la tête d’une division navale (vaisseaux le Héros et l’Annibal, de 74 canons, le Vengeur, l’Artésien et le Sphinx, de 64 canons, corvette la Fortune, de 16 canons), chargée de convoyer aux Indes françaises et néerlandaises un millier de soldats de renfort embarqués sur 8 transports. Partie de Brest le 22 mars 1781 en même temps que l’escadre du comte de Grasse, cette petite force navale arrive le 16 avril en vue des îles du Cap-Vert. L’Artésien, qui manque d’eau, se dirige vers la rade de La Praya où il découvre les Anglais au mouillage.

Le combat

Suffren ordonne immédiatement à ses bâtiments de se ranger en ordre de bataille et de prendre les dispositions de combat. Suivi de l’Annibal et de l’Artésien (le Vengeur et le Sphinx étant assez loin en arrière), il entre dans la baie en faisant feu des deux bords sur les navires de guerre et les transports anglais. Le capitaine de vaisseau de Trémigon, de l’Annibal (qui va être tué durant le combat), n’a pas bien compris les intentions de son chef et n’est pas tout de suite prêt à engager le combat, ce qui ne l’empêche pas d’aller courageusement mouiller sur l’avant du Héros, qui a lui-même jeté l’ancre par le travers du Monmouth. L’Artésien perd son commandant, le capitaine de vaisseau de Cardaillac, mais aborde deux vaisseaux de la Compagnie des Indes et leur inflige de graves avaries avant d’être dépalé vers le large. Quant au Vengeur et au Sphinx, ils traversent tout le dispositif ennemi en tirant et ressortent de la baie sans avoir mouillé.

Exposé pendant une heure et demie aux tirs concentrés des vaisseaux anglais et des batteries côtières portugaises, Suffren ordonne à midi de couper les câbles des ancres et de se retirer, mais au cours de la manœuvre, l’Artésien perd ses trois mâts. Heureusement, le Sphinx vient le prendre en remorque, tandis que les transports français reçoivent l’ordre de poursuivre leur route en forçant de voiles. Trois heures plus tard, après avoir remis de l’ordre dans son convoi dont plusieurs navires avaient déradé, voire amené leur pavillon, Johnstone appareille mais, voyant l’escadre française, fièrement rangée en ligne de bataille, qui l’attend au large, il renonce à l’attaquer et rentre en rade.

Conséquences

L’escadre française compte 107 tués et 242 blessés, mais Suffren arrive le premier au Cap le 20 juin et y débarque ses troupes. Le 22 juillet, Johnstone, qui a pris le temps de réparer ses avaries, atteint Saldanha Bay mais, convaincu que la colonie hollandaise est désormais imprenable, rebrousse chemin avec quelques prises. De retour en Angleterre, il passera en cour martiale et sera acquitté, mais sa carrière navale est achevée.

Quant au commandeur de Suffren (il ne deviendra bailli qu’en 1783), il reçoit les félicitations du marquis de Castries, secrétaire d’État de la Marine, pour avoir sauvé par son action déterminée la colonie du Cap, escale vitale sur la route des Indes. Il recevra sa promotion au grade de chef d’escadre au début de l’année suivante.

Philippe Henrat, membre du Comité d'Histoire des SAR


Références