Le siège de Pensacola
Du 9 mars au 10 mai 1781, les forces espagnoles et françaises assiègent et prennent Pensacola, capitale anglaise de la Floride occidentale
Du 9 mars au 10 mai 1781, les forces espagnoles de Bernardo de Gálvez, appuyées par la marine française, assiègent et prennent Pensacola, capitale anglaise de la Floride occidentale. Cette action « périphérique » priva les Britanniques de toute base sur le golfe du Mexique.
- Date : 9 mars – 10 mai 1781
- Lieu : Pensacola, Floride occidentale
- Commandant en chef : Bernardo de Gálvez, gouverneur espagnol de la Louisiane
- Forces françaises : 5 vaisseaux (chef d’escadre de Monteil), 700 hommes de débarquement (chevalier du Botderu)
- Garnison britannique : 1 200 soldats (750 en état de combattre)
- Résultat : Capitulation britannique, perte de la Floride occidentale
Contexte
Le 12 avril 1779, le traité signé à Aranjuez marque l’engagement de l’Espagne aux côtés de la France dans la guerre d’Amérique. L’Espagne vise notamment de récupérer Gibraltar, Minorque et la Floride, cédée en 1763 comme compensation du retour de La Havane. Dès la mi-juillet, le gouverneur espagnol de la Louisiane, Bernardo de Gálvez (1746-1786), est envoyé en Floride. Gálvez mène de main de maître les opérations militaires et défait les troupes britanniques à Manchac (bataille de Fort Bute, 7 septembre 1779). La bataille de Bâton-Rouge, le 21 septembre 1779, libère la basse vallée du Mississippi. La prise de Fort Charlotte à Mobile, le 9 mars 1780, assure le contrôle de la rive occidentale de la baie de Mobile et ouvre la voie pour les opérations contre Pensacola.
Les défenses de Pensacola
La ville, située sur la rive nord-ouest de la baie éponyme, était défendue côté terre par le Fort George, construit sur une colline dominant la ville et couvert par la Queen’s Redoubt établie sur les hauteurs, tandis qu’une redoute secondaire gardait le passage entre Fort George et la Queen’s Redoubt. Côté mer, l’entrée de la baie se faisait par un passage étroit entre la pointe ouest de Santa Rosa Island, où les Britanniques avaient installé une batterie d’artillerie, et la terre ferme. Les effectifs étaient de 1 200 soldats (dont 750 en état de combattre) et une force navale réduite à deux sloops armés.
Les forces alliées
En juin 1780, le commandement des forces navales françaises aux Antilles avait été confié au chef d’escadre de Monteil, qui disposait de quinze bâtiments dont cinq vaisseaux de 74 et quatre de 64. Il participe à l’expédition avec le Palmier, le Destin, le Triton, l’Intrépide et les frégates Licorne et Andromaque. Un corps français de débarquement de sept cents hommes, commandé par le chevalier du Botderu, capitaine de vaisseau, lui est adjoint. Du côté espagnol, c’est une flotte de plus de 30 navires, placée en février 1781 sous l’autorité de Gálvez, qui fait voile depuis La Havane avec 1 300 hommes.
Le siège
Le 9 mars, Gálvez fait mettre à terre un détachement sur Santa Rosa Island et, trouvant la position abandonnée, y fait installer une batterie destinée à repousser les sloops armés anglais. Mais, redoutant l’échouage sur des fonds peu profonds et la destruction de leurs navires par les canons qui surplombaient la baie, les Espagnols hésitent à tenter le passage. Le 18 mars, Gálvez, prenant le commandement direct de navires venus de La Nouvelle-Orléans, entre dans la baie. Cette manœuvre audacieuse pousse les officiers à tenter le passage, ce qu’ils réussissent le lendemain.
Avec les renforts de troupes venues par terre depuis Mobile le 22 mars et les 1 400 hommes embarqués sur 16 vaisseaux depuis La Nouvelle-Orléans le 23, Gálvez met le siège devant la ville tandis que les navires français, après la mise à terre du corps de débarquement du chevalier du Botderu, prennent position au-delà de la barre et en interdisent l’accès. Jour après jour, les tranchées espagnoles et françaises se rapprochent des forts et des redoutes britanniques, tandis qu’à partir du 24 avril, brigantins et frégates combinent leurs feux à ceux des pièces de siège. Le 8 mai, la Queen’s Redoubt tombe aux mains des assiégeants et le 10, Pensacola, attaqué par mer et par terre, se rend, deux mois après le débarquement sur Santa Rosa Island.
Conséquences stratégiques
La perte de Mobile puis de Pensacola laissait les Britanniques sans base sur le golfe du Mexique, si l’on excepte la Jamaïque, leur enlevant ainsi toute possibilité de corridor d’approvisionnement au profit de leurs troupes qui opéraient au sud contre les Insurgents, dans la colonie de Géorgie.
Il convient de rappeler que les Espagnols acceptèrent une alliance avec la France pour tenter de recouvrer leurs îles sucrières perdues au profit de l’Angleterre. L’Espagne n’a jamais conclu d’alliance avec les Insurgents américains — d’ailleurs absents de l’affaire de Pensacola — ne voulant pas cautionner une rébellion de colonies contre une métropole européenne, qui pourrait apparaître comme un exemple à suivre dans ses possessions coloniales.
Références
- Siège de Pensacola (1781), Wikipedia — https://fr.wikipedia.org/wiki/Si%C3%A8ge_de_Pensacola