Le 7 septembre 1778, le marquis de Bouillé, gouverneur général des îles du Vent, s’empare de l’île britannique de la Dominique avec un corps expéditionnaire de 2 000 hommes. C’est la première conquête française de la Guerre d’Indépendance aux Antilles.

  • Date : 7 septembre 1778
  • Lieu : Île de la Dominique (Antilles)
  • Commandant français : Marquis François-Claude-Amour de Bouillé
  • Forces françaises : 2 000 hommes, 3 frégates, 1 corvette, 1 flûte, 18 transports
  • Garnison britannique : 150 hommes du 48^e régiment, 400 miliciens
  • Pertes françaises : 2 blessés

Dès qu’il reçoit, le 17 août 1778, la notification de l’état de guerre entre la France et le Royaume-Uni, le marquis François-Claude-Amour de Bouillé, gouverneur général des îles du Vent, se prépare à la conquête de l’île britannique de la Dominique. Depuis longtemps, en effet, il guette celle-ci qui, située entre la Guadeloupe et la Martinique, occupe une position stratégique de premier plan lui permettant d’intercepter les communications entre ces deux colonies françaises. Il est parfaitement instruit de la faiblesse de la garnison locale par le sieur Renaud, rédacteur en chef de la gazette de la Dominique et agent à sa solde, ainsi que par de nombreux habitants d’origine française.

Certes, le gouverneur anglais Thomas Shirley, conscient de l’importance de l’île, a commencé à en renforcer les défenses dès 1775, mais lorsqu’il cède son commandement au lieutenant-gouverneur William Stuart en juin 1778, la remise en état des fortifications est loin d’être terminée. En outre, la garnison ne compte alors que 150 hommes du 48^e régiment d’infanterie, théoriquement renforcés par 400 miliciens et surtout par le vaisseau de 70 canons HMS Boyne qui croise dans les eaux de l’île.

Préparatifs

Le 3 septembre, Bouillé envoie à la Dominique un navire parlementaire dont la mission officieuse mais essentielle est de s’assurer de la présence ou de l’absence du vaisseau anglais. Or, celui-ci vient justement d’appareiller pour rejoindre la Barbade. En même temps, des agents mandatés par Bouillé persuadent un certain nombre de miliciens d’origine française de ne pas participer au combat qui se prépare.

L’assaut

Le 6 septembre 1778, le marquis, assuré de ne pas avoir à affronter le Boyne, prend personnellement la tête d’un corps expéditionnaire de 2 000 hommes, composé du régiment d’Auxerrois, de détachements des régiments de Viennois et de la Martinique, d’une centaine de combattants créoles appartenant à la compagnie des Volontaires de Bouillé et de quelques flibustiers, plus huit canons de campagne. Au sein de cette unité, les chasseurs sont commandés par C. de Marillac, vicomte de Damas, colonel du régiment d’Auxerrois, les grenadiers par le marquis Du Chilleau d’Airvault, colonel du régiment de Viennois, les volontaires et les flibustiers par Édouard de Tilly, comte de Blaru, brigadier des troupes des colonies et aide-major des troupes de la Martinique.

Embarquées sur les frégates de 32 canons l’Amphitrite, la Tourterelle et La Diligente, la corvette L’Étourdie, la flûte la Truite et 18 navires de transport, ces troupes quittent la Martinique le 6 septembre à huit heures du soir et débarquent à la Dominique dans la journée du lendemain. Soumise à des attaques vigoureuses et simultanées contre la batterie de Loubières, le camp retranché sur les hauteurs du Major Bruce et le fort du Roseau, la garnison anglaise demande rapidement à capituler. Au terme de cette brillante opération qui n’a coûté aux forces françaises que deux blessés, le marquis Du Chilleau d’Airvault est nommé gouverneur de l’île pour le roi de France.

Le plan stratégique de Bouillé

Avant de partir pour l’Amérique en 1777, le marquis de Bouillé avait soumis au ministre Sartine un projet stratégique ambitieux : « J’avois proposé, au premier instant de la guerre, d’attaquer vigoureusement les isles angloises où il ne restoit que trois bataillons, quelques milices et peu de vaisseaux pour leur protection. Je croyois qu’il falloit, en déclarant la guerre, frapper de grands coups : Antigues, la Dominique, Saint Christophe devoient tomber d’abord et aussitôt, on devoit attaquer la Jamaïque ; un supplément de six mille hommes aux garnisons des isles et 10 vaisseaux de ligne devoient être employés à ces conquêtes ». Hélas ! Le plan du marquis ne fut pas suivi par la Cour. Pourtant, on ne peut s’empêcher de penser que le déroulement de la guerre aux Antilles aurait été bien différent s’il avait pu être mené à bien.

Philippe Henrat, membre du Comité d'Histoire des SAR


Références