Combat naval de la Chesapeake
Le 5 septembre 1781, l'amiral de Grasse repousse la flotte britannique au large de la Chesapeake, rendant possible la victoire de Yorktown
Le 5 septembre 1781, l’amiral de Grasse appareille hors de la baie de la Chesapeake avec sa flotte pour faire face à la flotte britannique qui paraît au large. Rarement une bataille navale n’eut de conséquences plus décisives pour l’histoire du monde.
- Date : 5 septembre 1781
- Lieu : Au large des caps de Virginie (baie de la Chesapeake)
- Commandant français : Lieutenant général des armées navales comte de Grasse
- Forces françaises : 24 vaisseaux de ligne
- Adversaire : Contre-amiral Thomas Graves (21 vaisseaux, 7 frégates)
- Pertes françaises : 223 tués ou blessés
- Pertes britanniques : 336 tués ou blessés, 1 vaisseau sabordé
Préparatifs
Quatre mois auparavant, le 6 mai 1781, la puissante escadre de 20 vaisseaux, 3 frégates et 2 cutters, commandée par le lieutenant général des armées navales comte de Grasse, partie de Brest à la fin du mois de mars et escortant un énorme convoi, entre au Fort-Royal de la Martinique. Le 5 juillet suivant, elle quitte les îles du Vent pour se rendre à Saint-Domingue où vient tout juste d’arriver des États-Unis la frégate la Concorde, portant un appel pressant de Washington qui sollicite le concours de la flotte française pour appuyer les opérations terrestres franco-américaines.
Selon les instructions reçues de SM le roi Louis XVI et du maréchal de Castries, le général comte de Rochambeau qui commandait le corps expéditionnaire français s’était placé sous le commandement du général en chef américain George Washington.
Renforcé par la division du chef d’escadre comte de Monteil, de Grasse embarque un corps de 3 300 officiers et hommes de troupes commandé par le maréchal de camp de Rouvroy de Saint-Simon et envoie la frégate l’Aigrette à La Havane pour y chercher des fonds fournis par le gouvernement espagnol. Les préparatifs ayant été menés avec rapidité, la force navale appareille le 4 août en direction de la Chesapeake, et mouille à l’entrée de la baie le 31 août après avoir capturé au passage la corvette de 14 canons HMS Loyalist.
Les 1^er et 2 septembre, de Grasse entre dans la baie, établit le blocus des rivières York et James et débarque son corps expéditionnaire pour renforcer les armées combinées franco-américaines qui ont commencé le siège de Yorktown.
La bataille
Le 5 septembre au matin, les escadres anglaises approchent des côtes de la Virginie, et la frégate française placée en grand-garde donne l’alerte.
L’amiral de Grasse, bien que privé de près de 2 000 officiers et marins restés à terre pour les opérations de débarquement de canons et de matériel de siège, ordonne de couper les câbles et appareille immédiatement avec 24 vaisseaux : la Ville de Paris, de 104 canons, L’Auguste, le Saint-Esprit et le Languedoc, de 80 canons, le Pluton, le Marseillais, la Bourgogne, le Diadème, le César, le Destin, la Victoire, le Sceptre, le Northumberland, le Palmier, le Scipion, le Citoyen, le Magnanime, l’Hercule, Le Zélé, l’Hector et le Souverain, de 74 canons, Le Réfléchi, le Caton et Le Solitaire, de 64 canons.
Alors qu’il s’attendait à une canonnade générale, voire à la coupure de sa ligne de bataille très étirée, de Grasse s’aperçoit que l’escadre anglaise évolue avec rigidité et n’utilise qu’une partie de ses forces. En fait, Graves a tenu à maintenir la sacro-sainte formation en ligne de file, interdisant toute initiative à ses subordonnés. Du coup, ce sont les deux avant-gardes qui vont supporter le plus gros de l’action. Manœuvrant avec discipline et cohésion, les Français entraînent leurs adversaires vers le large et infligent de graves avaries à cinq vaisseaux britanniques. À la tombée de la nuit, le combat s’interrompt.
Conséquences
Jusqu’au 9 septembre, de Grasse poursuit l’escadre anglaise qui évite et refuse le combat. De guerre lasse, les Anglais reprennent le chemin de New York ; ils comptent 336 tués ou blessés contre 223 aux Français qui n’ont que deux vaisseaux endommagés (le Diadème et Le Réfléchi). Les vaisseaux anglais endommagés sont les HMS Montagu, Ajax, Shrewsbury, Intrepid, et sur la route du retour, Graves doit même saborder le HMS Terrible, de 74 canons, trop gravement avarié. L’ennemi ne réapparaîtra que le 24 octobre et n’osera pas attaquer. Du reste, il est trop tard, car le 19 octobre, le général lord Cornwallis, après avoir subi un siège vigoureux des forces américaines et françaises, et constatant que la place de Yorktown est privée de tout espoir de recevoir du secours, a capitulé.
L’indépendance des États-Unis est désormais acquise et la flotte française y a joué un rôle déterminant. Le général George Washington lui-même déclarera : « Vous aurez remarqué que quels que soient les efforts accomplis par les armées terrestres, c’est la marine qui a tranché dans la présente lutte » et il écrira à de Grasse : « La manière triomphante avec laquelle Votre Excellence est restée maîtresse des mers de l’Amérique et la gloire de la flotte française conduisent nos deux nations à voir en vous l’arbitre de la guerre ».
Références
- Bataille de la Chesapeake, Wikipedia — https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_la_Chesapeake