Le 13 avril 1778, l’escadre du vice-amiral Charles-Henri, comte d’Estaing, appareille de Toulon à destination des côtes américaines. C’est la première force navale française envoyée outre-Atlantique pour appuyer les opérations des Insurgents, dépourvus de Marine de guerre.

  • Date : 13 avril 1778
  • Lieu : Toulon
  • Commandant : Vice-amiral Charles-Henri, comte d’Estaing
  • Forces : 12 vaisseaux, 5 frégates, 10 542 hommes

Les clauses du traité d’amitié et de commerce entre la France et les États-Unis, signé le 8 février 1778, prévoyaient entre autres l’envoi sur les côtes américaines d’une force navale française capable d’appuyer les opérations des Insurgents. C’est ainsi qu’il fut décidé de détacher outre-Atlantique une escadre armée à Toulon et placée sous le commandement du vice-amiral d’Estaing.

Le port de Toulon abritait alors 17 vaisseaux de ligne. Le lieutenant général des armées navales de La Ferté-Saint-Aignan, qui y commandait la Marine, reçut, le 22 janvier 1778, l’ordre d’en armer 10 (nombre porté à 12 un peu plus tard), ainsi que 5 frégates. Antoine de Sartine, secrétaire d’État de la Marine, ayant exigé la plus grande célérité, le port se hâta de nettoyer les carènes, de compléter le matériel (cordages, voiles, goudron, munitions, etc.), d’embarquer six mois de vivres et quatre d’eau et de constituer les équipages. L’armement s’achevait lorsqu’arriva, le 27 mars, le vice-amiral d’Estaing.

Composition de l’escadre

Celui-ci constitua son état-major avec le lieutenant de port Jean-Charles de Borda, nommé « major d’escadre ». Bien que tous les détails de l’armement ne fussent pas réglés, il décida d’appareiller le plus vite possible et le 13 avril, à la première brise favorable, l’escadre mit à la voile. Elle se composait de 12 vaisseaux (le Languedoc, de 90 canons, Le Tonnant, de 80 canons, le César, Le Zélé, l’Hector, le Guerrier, le Marseillais, le Protecteur, de 74 canons, Le Vaillant, la Provence, Le Fantasque, de 64 canons, et le Sagittaire, de 50 canons) et de 5 frégates (la Chimère, L’Engageante, la Flore, L’Aimable et l’Alcmène). Cette force navale transportait 10 542 hommes, dont un petit corps de débarquement d’un millier de soldats provenant des régiments de Hainaut et de Foix, et deux officiers généraux adjoints au commandant en chef : les chefs d’escadre Pierre-Claude Hocdenau de Breugnon (sur Le Tonnant) et Jean-Joseph de Rafélis de Broves (sur le César). D’autre part, dès que le Languedoc fut sorti de la rade, la frégate la Chimère transféra discrètement à son bord Conrad-Alexandre Gérard, nommé ministre de France auprès du gouvernement des États-Unis, et Silas Deane, membre du Congrès, embarqués sous des noms d’emprunt.

La traversée

Bien qu’une traversée rapide fût prévue à l’origine, celle de l’escadre d’Estaing battit des records de lenteur. En raison de la marche disparate des vaisseaux (tous n’étant pas doublés en cuivre), des décisions contestables prises par le vice-amiral au cours d’un violent coup de mistral qui occasionna de nombreuses avaries et des nombreux exercices d’évolution qu’il ordonna pour améliorer l’entraînement de ses commandants, il lui fallut 33 jours de mer pour franchir le détroit de Gibraltar dans la nuit du 16 au 17 mai. Une frégate anglaise qui le surveillait de loin s’assura au bout de quelques jours que l’intention du vice-amiral n’était pas de se joindre à l’armée navale de Brest pour attaquer la flotte britannique de la Manche, permettant ainsi à celle-ci de détacher vers les Antilles une escadre de 13 vaisseaux sous les ordres du contre-amiral John Byron.

Pour l’escadre d’Estaing, la traversée de l’Atlantique ne fut pas moins lente. Il fallut attendre 52 jours supplémentaires pour voir enfin, le 7 juillet 1778, l’escadre française apparaître devant l’entrée de la Delaware dans le but de bloquer dans Philadelphie l’armée du major-général Henry Clinton et d’attaquer la petite force de protection du vice-amiral Richard Howe. Trop tard ! L’armée et l’escadre anglaises avaient eu tout le temps d’abandonner leurs positions trop vulnérables et de se replier sur New York, beaucoup plus malaisée à attaquer.

Philippe Henrat, membre du Comité d'Histoire des SAR


Références