Le soutien des Antilles françaises à la guerre de l'Indépendance américaine
Réorganisation militaire des colonies, renforts et apport décisif à Yorktown (1781)
Durant les cinq années d’engagement de la France aux côtés de la jeune nation américaine, les Antilles françaises et les troupes qui y étaient positionnées ont constitué un atout majeur pour les armées françaises. Elles possédaient ainsi à la fois une plateforme logistique, une réserve de troupes et une base de départ d’attaques destinées à conquérir les îles des Caraïbes aux mains des Anglais.
Dans le même temps, les trois îles principales, la Martinique, la Guadeloupe et Saint-Domingue (aujourd’hui Haïti) ont eu une série de gouverneurs de « haute volée ».
Parmi ceux-ci, on compte entre autres Bouillé et Damas, qui vont fixer les Anglais dans les Antilles, les détournant du front américain, ou Tastes de Lilancour qui va changer le rapport des forces en présence en acceptant de se séparer des troupes stationnées à Saint-Domingue pour les envoyer à Yorktown, où celles-ci vont faire merveille.
La réorganisation militaire des colonies
En 1765, le duc de Choiseul, tirant les leçons de la guerre de Sept Ans qui avait vu la perte lors du Traité de Paris en 1763 de la plus grande partie de la Nouvelle-France et des territoires de l’Inde, estimait que la campagne en Allemagne durant cette guerre « fit négliger la guerre de mer et d’Amérique qui était la véritable guerre ».
C’est dans cet esprit que le comte de Boynes, nommé secrétaire d’État à la marine en 1771, anticipant la reprise possible d’un conflit avec la Grande-Bretagne, réorganisa la présence militaire française dans les colonies. Dans les Antilles, par l’ordonnance du Roi Louis XV du 18 août 1772, quatre régiments d’infanterie coloniale furent créés, tenant garnison permanente dans les Antilles. Il s’agissait des régiments de la Martinique, de la Guadeloupe, du Cap-Français et du Port-au-Prince.
L’armée coloniale représentait ainsi, en 1775, 15 bataillons d’infanterie et 11 compagnies d’artillerie. Les différentes compagnies de canonniers-bombardiers recréées de 1764 à 1775 furent remplacées en 1784 par un régiment d’artillerie coloniale, « le Royal artillerie des colonies », dont la 5e brigade à 4 compagnies fut installée à Port-Louis.
Les renforts venus de France
Dès 1775, des convois maritimes apportèrent des renforts conséquents aux garnisons coloniales avec des régiments venus de France. « L’État militaire pour la France de 1778 » rapporte ainsi qu’on trouvait le régiment d’Armagnac à la Guadeloupe et les régiments d’Auxerrois et de Viennois à la Martinique. Le régiment d’Agenois était à Saint-Domingue, avec le régiment de Gâtinais et celui de Cambrésis. Plus de 50 000 hommes furent ainsi envoyés dans les Antilles durant la guerre d’Indépendance américaine de 1778 à 1783.
L’apport décisif à Yorktown
En 1781, l’amiral de Grasse, qui venait d’accoster à Saint-Domingue le 16 juillet, y trouva la frégate la Concorde dépêchée depuis Newport par Rochambeau pour proposer une action conjointe avec l’armée des Antilles. À la demande du comte de Grasse, le gouverneur de Saint-Domingue, Jean-Baptiste de Tastes de Lilancour, bien que n’ayant reçu aucune directive du Roi sur ce sujet, va prendre sur lui de se séparer d’une grande partie des troupes de la garnison de Saint-Domingue. Celles-ci, sous les ordres du marquis de Saint-Simon, vont embarquer sur les 28 navires commandés par l’amiral de Grasse et rejoindre Yorktown. L’apport de ces 3 400 hommes venus renforcer les 5 300 hommes du Corps de Rochambeau et les 6 000 « Patriots » du Corps américain, va être déterminant dans la prise de Yorktown.
Le recrutement local
On fit également des essais de recrutement dans les populations locales. Les volontaires de Bouillé à la Martinique furent pris parmi des anciens soldats ou des jeunes gens aventureux. Les Grenadiers de la Martinique, des « Blancs », et les Chasseurs, des « Libres », étaient des hommes assujettis à la milice qui acceptaient de servir pour la durée du conflit dans l’armée régulière.
On procéda au même type de recrutement à Saint-Domingue (actuelle Haïti) et c’est ainsi que par deux ordonnances datées du 12 mars 1779, le Gouverneur général de Saint-Domingue, le comte d’Argout, va créer d’une part le régiment de Grenadiers volontaires, avec des « Blancs », ayant si possible servi dans l’armée, et d’autre part le régiment des Chasseurs-Volontaires de Saint-Domingue, avec des « Sujets libres, gens de couleur ». Ce dernier régiment s’illustra en 1779 à Savannah, où un monument rappelle que « Les braves Chasseurs volontaires de Saint-Domingue, soldats d’origine africaine, ont combattu lors de la guerre de l’Indépendance américaine ».
Références
- La refondation de la défense des colonies françaises après 1763 et sa mise en œuvre lors de la guerre d'indépendance américaine, Boris Lesueur — https://hal.sorbonne-universite.fr/hal-05051038v1/file/RHM15%20979-10-231-1884-1%20Lesueur.pdf
- Les Antilles dans la préparation de la guerre de revanche, Boris Lesueur — https://books.openedition.org/pur/47825