Les Chasseurs Volontaires de Saint-Domingue
Régiment afro-antillais de gens de couleur libres au siège de Savannah (1779)
Anticipant la reprise possible d’un conflit avec la Grande-Bretagne, le comte de Boynes, secrétaire d’État à la marine, réorganisa la présence militaire française dans les colonies. Dans les Antilles, par l’ordonnance du Roi Louis XV du 18 août 1772, on instaura quatre régiments d’infanterie coloniale devant servir de garnisons permanentes. Il s’agissait des régiments de la Martinique, de la Guadeloupe, du Cap Français et du Port au Prince.
Dès 1775, des convois maritimes apportèrent des renforts conséquents aux garnisons coloniales avec des régiments venus de France. Plus de 50 000 hommes furent ainsi envoyés dans les Antilles durant la guerre d’Indépendance américaine de 1778 à 1783.
Le recrutement local
On procéda également à des essais de recrutement dans les populations locales. Les volontaires de Bouillé à la Martinique furent pris parmi des anciens soldats ou des jeunes gens aventureux. Les grenadiers de la Martinique, des « Blancs », et les chasseurs, des « Libres », étaient des hommes assujettis à la milice qui acceptaient de servir pour la durée du conflit dans l’armée régulière.
On procéda au même type de recrutement à Saint-Domingue (actuelle Haïti) et c’est ainsi que par deux ordonnances datées du 12 mars 1779, le Gouverneur général de Saint-Domingue, le comte d’Argout, va créer d’une part le corps de Grenadiers volontaires, avec des soldats blancs, ayant si possible servi dans l’armée, et d’autre part le corps des Chasseurs-Volontaires de Saint-Domingue, qui va marquer « l’entière confiance [du roi Louis XVI] pour ses Sujets libres, Gens de couleur ».
Initialement composé d’un bataillon à dix compagnies de 79 hommes, ces chiffres ont été portés à 103 hommes par une nouvelle ordonnance du 21 avril 1779. L’effectif sera en fait aux environs d’un total de 600 soldats.
Les officiers et soldats
Le commandement de ce régiment va être assuré par le colonel Laurent François Lenoir de Rouvray, et celui du bataillon par le lieutenant-colonel Alexandre Lepère de Champigny. La fonction de major est tenue par le sieur de Bussy de Blaive.
Parmi les officiers, on trouve le lieutenant Laurent Duclos de Foncelier, qui sera blessé d’une balle à l’épaule à Savannah, le chevalier Henri de Forestier, capitaine en second, le capitaine Jean Renateau, le lieutenant Jean Baptiste Viénot de Vaublanc et le capitaine Antoine Aubert du Petit-Thouars, qui commandera une compagnie à Savannah. Parmi les soldats « libres », on trouve André Rigaud et Henry Christophe, tambour âgé de 12 ans, et Jean Baptiste Chavannes.
L’uniforme
L’uniforme des Chasseurs-Volontaires était initialement un habit de drap bleu doublé d’une toile lessivée au quart, avec des collets de drap bleu et des parements de drap jaunes, qui devinrent vert par la suite et le collet jaune, de petits boutons blancs, des poches de travers, des épaulettes de drap vert, une culotte de toile blanche lessivée, un chapeau uni garni d’une plume blanche et jaune et des guêtres de toile blanche.
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| Uniforme des Chasseurs Volontaires | Soldat des Chasseurs Volontaires |
Le siège de Savannah
Le 15 août 1779, le régiment embarque au Cap-Français avec le corps expéditionnaire, commandé par le Comte d’Estaing. Il débarque en Géorgie le 8 septembre 1779, pour mettre le siège devant la ville de Savannah, tenue par les Anglais. Les Chasseurs Volontaires vont y recevoir leur baptême du feu et se conduire très honorablement durant les opérations qui durèrent jusqu’au 18 octobre, date où il fallut lever le siège. De nombreux officiers et soldats du régiment y furent tués ou blessés.
Le régiment fut dissous en 1780 par le successeur du comte d’Argout, Jean-François Reynaud de Villeverd, nouveau gouverneur général de Saint-Domingue, et un corps fut reformé par une Ordonnance du 12 mai 1780 sous le nom de « Chasseurs Royaux », passant de 10 compagnies à 5, sous le commandement d’un lieutenant-colonel.
Le monument de Savannah
Le 11 octobre 2009 a été inauguré à Savannah, Franklin Square, un monument, œuvre de James Mastin, élevé à la mémoire du régiment des Chasseurs Volontaires de Saint-Domingue. Sur un socle de granite, six statues, cinq de soldats, dont l’un est blessé, et une sixième représentant le tambour de la compagnie, rappellent la participation de ce régiment composé d’Afro-Antillais à la guerre de l’Indépendance des États-Unis.

Monument des Chasseurs Volontaires de Saint-Domingue à Savannah, Franklin Square
The largest unit of soldiers of African descent who fought in the American revolution was the brave « Les Chasseurs volontaires de Saint-Domingue » from Haiti. This regiment consisted of free men who volunteered for a campaign to capture Savannah from the British in 1779. Their sacrifice reminds us that men of African descent were also present on many other battlefields during the revolution.

Plaque commémorative du monument de Savannah
Destins remarquables
André Rigaud — Métis, orfèvre de métier, André Rigaud entra comme fourrier en 1779 dans les Chasseurs volontaires de Saint-Domingue à leur création. Il fut blessé deux fois, d’abord à Savannah, puis sur l’Annibal. Officier de milice en 1790, il fut nommé lieutenant-colonel en mai 1793 lorsqu’il leva des troupes dans la partie de l’Ouest. Commandant en chef de l’armée envoyée par les commissaires civils contre les révoltés de Jérémie en juin 1793, puis colonel de la légion de l’Égalité du sud, et commandant provisoire de la Province avec le grade de colonel, il devint le 26 novembre 1793 commandant militaire de la partie du Sud. Il fut récompensé de sa fidélité incontestable à la République le 23 juillet 1795 par le grade de général de brigade.
Henry Christophe — Esclave affranchi qui à l’âge de 12 ans était tambour à Savannah, va se distinguer durant la révolution haïtienne en combattant aux côtés de Toussaint Louverture contre les Français. Il deviendra roi d’Haïti de 1811 à 1820, sous le nom d’Henry Ier.

Henry Ier, roi d’Haïti
Jean Baptiste Chavannes — En 1790, Jean Baptiste Chavannes a soutenu l’action de Vincent Ogé à Saint-Domingue pour obtenir l’égalité des droits entre blancs et libres de couleur. La révolte ayant échoué, les mutins sont livrés aux autorités françaises par les Espagnols. Condamnés au supplice de la roue et exécutés le 25 février 1791, leur combat inspira sans doute le soulèvement des esclaves noirs de 1791.
Références
- L'Alliance franco-Américaine, Bulletin de la Société en France des Fils de la Révolution Américaine, N° 38 et 39, année 2019
- Le soldat de couleur dans la société d'Ancien Régime et durant la période révolutionnaire, Boris Lesueur — https://www.editions-karthala.com/
- Les troupes royales aux colonies (1664-1792), Généalogie et Histoire de la Caraïbe, n° 228, Septembre 2009
- Les Nègres d'Haïti dans la guerre d'Indépendance américaine, Docteur Clément Lanier

